LES  CANONS DU SYSTÈME DE BANGE

<= L'armée française de l'été 14

Historique: Aprés la guerre de 1870, on accusa notre matériel désuet d'être à l'origine de la défaite. Les canons français étaient en effet encore en bronze se chargeant par la bouche. L'enquête d'aprés guerre montra pourtant qu'à puissance égale l'artillerie française avait une mobilité et une rapidité de tir comparable à l'artillerie prussienne, même si les canons prussiens avaient un précision et une tension de trajectoire légèrement supèrieurs. L'infériorité de notre matériel était autre. D'une par, le nombre: les prussiens alignaient 2022 canons de campagne contre 924 côté français. Ensuite, les obus allemands étaient dotés de fusées percutantes qui ne manquaient rarement d'exploser, alors que les obus français n'en étaient que rarement équipés car dangereux dans des armes se chargeant par la bouche. De plus les fusées fusantes françaises étaient d'un type ancien à deux durées, tandis que les prussiens avaient des fusées fusantes dont on pouvait régler de façon continue la hauteur d'éclatement. C'est ainsi que pour un coup efficace porté contre les prussiens nous en recevions dix. L'enquête révéla par ailleurs le mauvais emploi tactique de l'artillerie de campagne ainsi qu'une instruction insuffisante du personnel.

La tâche de créer un matériel d'artillerie moderne était donc immense. Durant le second empire les études des généraux Treuille de Beaulieu et de Reffye avaient amené au choix d'une culasse à vis inventée par Treuille de Beaulieu et d'une culasse à coin inventée par le suédois Wahrendorf. Les études reprennent vite aprés la guerre, et deux brillants artilleurs, le colonel de Bange et le lieutenant colonel de Lahitolle, vont réussir à replacer notre artillerie au premier rang des puissances européennes. Auteurs de deux systèmes excellents, c'est finalement le système de Bange qui sera choisi. De Bange fût ainsi l'auteur du premier système cohérent d'artillerie moderne faisant appel exclusivement à des canons en acier rayés se chargeant par la culasse. En effet avec l'adoption du canon de 90 de campagne, les progrés réalisés furent si importants que l'on pensa avoir acquis une solution valable pour un long délai, et la création d'un système d'artillerie complet sur le modèle de ce canon fut décidé. Au bout de quelques années les matériels mis au points furent les suivants:

Calibre

Modèle

Portée

Artillerie de campagne

90

1877

6500m

Artillerie de montagne

80

1877

4000m

Artillerie de siège et de place

120 long

1878

8000m

120 court

1890

5700m

155 long

1877

9000m

155 court

1881

9000m

220 mortier

1880

5500m

270 mortier

1885

5500m

Artillerie de côte

240 long

1884

11000m

270 mortier

1889

7000m

Les canons longs sont assez mobiles avec des roues de grand diamètre. Ils possèdent un avant train et tirent sur roues. Le recul est limité par de simples coins placés un peu en arrière des roues. Les canons courts et les mortiers doivent reposer au tir sur une plateforme bien plane. Pour les déplacements ils sont munis d'un essieu porteur d'une fausse flêche et d'un train avant.

Avec le système de Bange le système Gribeauval appartint définitivement au passé. Durant la grande guerre ces canons seront ressortis pour faire face à notre pénurie de matériels.

Le colonel de Bange (1833-1914): Polytechnicien, brillant artilleur, il travaille à la manufacture de Chatellerault, à l'école de pyrotechnie de Metz puis devint directeur de l'atelier de précision

Le colonel De Bange

Le Lieutenant colonel Périer de Lahitolle (1832-1879): Polytechnicien, nommé inspecteur des études à l'école polytechnique aprés la campagne du Mexique. Il est nommé chef d'escadron en 1872 et détaché à la fonderie de Nevers dont il devint le directeur en 1875. Il meurt prématurément des suites des trois blessures reçues à Reichoffen

Le Lieutenant colonel Périer de Lahitolle


Principe: Les canons de Bange eurent le mérite de leur culasse à vis, qui utilisait comme système d'obturation un gros bourrelet plastique, constitué d'amiante, de suif et de paraffine. Ce bourrelet ne pouvant bruler qu'à haute température, cela réduisait au minimum l'entretien et l'usure, et empéchait qu'une partie des gaz ne s'échappe par la culasse lors du départ du coup.

Les bouches à feu sont remarquables de fini, de solidité et de précision. Le tube cylindrique à l'arrière et tronconique à l'avant est fretté sur tout (120L) ou partie (90-155L) de sa longueur par une (90-120L) ou deux rangées de frettes cylindriques de faible longueur chacune.

Frettage des bouches à feu du système de Bange

Système de Bange - Culasse

Le principal inconvénient des canons de l'époque était leur violent recul qui obligeait les servants à repointer systèmatiquement (hormis les batteries sur plateforme), ce qui fait que cadence de tir ne dépasse pas 2 coups/min. 

Mis au point entre 1877 et 1882, le système de Bange fût amélioré entre 1886 et 1892, notamment les dispositifs de pointages ainsi que par l'emploi de poudre sans fumée.


Canon de 95 modèle 1875: Conçu par le commandant Lahitolle, ce canon est adopté provisoirement en 1875 car il représente un progrès considérable du point de vue de la puissance, lançant un projectile de 11kg à 7000m. Il utilise une vis de culasse modèle Treuille de Beaulieu grosse et courte prenant appui dans un écrou en acier vissé dans le corps du canon. L'obturateur est celui de Bange. Ce canon est amélioré en 1888:
Canon de 95 de Lahitolle

Canon de 95 Lahitolle coupe de principes

Culasse vue arrière: fermée et verrouillée, arme prête à faire feu aprés introduction d'une étoupille fulminante à traction dans le canal axial

Culasse vue arrière


Canon de 80 modèle 1977: adopté comme canon de campagne en même temps que le 90 du même système.
  • Poids en batterie: 928Kg
  • Obus: 5,6kg
  • Gargousse: 1,5Kg
  • Vitesse initiale: 490m/s
  • Portée maximale: 7700m

Canon de 90 modèle 1877: Ce canon est adopté comme canon de campagne du fait de son poids peu élevé et de l'excellente réalisation de sa bouche à feu
  • Poids de la pièce: 1200kg
  • Tube: acier doux fretté avec rayures progressives dont l'inclinaison finale est de 7°
  • Obus: 9kg
  • Portée: 6500m
Culasse vue arrière: fermée et verrouillée, arme prête à faire feu aprés introduction d'une étoupille obturatrice à traction dans le canal axial de la culasse

Culasse du canon de 90

Canon de campagne de Bange de 90mm

Canon de campagne de 90  de Bange


Canon de 120 Long modèle 1878: Peu avant la grande guerre on dota ce canon de cingolis pour remplacer la plateforme de siège et de place et en faire un canon de campagne tracté par camion automobile.

Canon de 120L sur cingolis vers la fin 1914:

Canon de 120 Long sur cingolis

Durant un déplacement pendant la grande guerre:

Le canon de 120L en déplacement

Départ pour le front de canons de 120 Long à tracteurs:

120 longs à tracteurs


Canon de 120 court modèle 1890:


Canon de 155 Long modèle 1877: D'un poids de 2235kg, pouvant tirer des obus de 40kg à 7200m, ces canons prennent place sur une structure en bois d'un poids sensiblement équivalent, ce qui amène une charge ponctuelle de 4600kg sur les superstructures des forts. On modernisa ce canon en 1914 en le mettant sur affût Schneider. Il devint le 155 long 77-14 à long recul du tube, portant à 13km, pesant 6,5t et transporté en deux voitures.


Canon de 155 court modèle 1890:
  • Poids: 3115kg
  • projectile 41kg
  • vitesse initiale: 291m/s
  • portée: 6300m
  • champs de tir horizontal: 16°
  • champs de tir vertical: de -5° à +65°
  • cadence: 2 coups en 3 minutes


Mortier de 220 modèle 1880-1891:
  • Poids: 4080kg
  • projectile 100kg
  • vitesse initiale: 300m/s
  • portée: 7150m
  • champs de tir horizontal par déplacement de la pièce
  • champs de tir vertical: de -5° à +60°
  • cadence: 1 coup toutes les trois minutes

Le mortier de 220 en action durant la grande guerre:


Mortier de 270 modèle 1885 de siège:
  • Poids: 16500kg
  • projectile 150 à 225kg
  • vitesse initiale: 328m/s
  • portée: 7900m
  • champs de tir horizontal: 30°
  • champs de tir vertical: de 0° à +70°
  • cadence: 1 coup toutes les deux minutes

Mortier de 270 en transport durant la grande guerre


Avant guerre, suite aux réflexions sur l'artillerie lourde, on avait décidé de moderniser les vieux matériel pour les rendre apte au tir accéléré, en attendant la livraison de matériels modernes. Durant la guerre face au besoin, ces canons furent ressortis et on améliora leurs performances, sans atteindre les portées ni surtout les cadences de tir des canons lourds allemands, qui tiraient trois fois plus vite. C'est ainsi que le bombardement de la place de Verdun, le 21 février 1916, dura 9 heures, tandis que la préparation française de l'offensive de la Somme, commencée le 24 juin 1916, dura sept jours.

Amélioration des matériels français et comparatif avec les matériels allemands:

évolution système de Bange

Evolution des effectifs de l'artillerie française:

évolution de l'artillerie lourde

Ajoutons que l'artillerie de tranchée avait 1580 pièces à l'armistice et aucune en 1914

Canon de bange de 155 long. remarquez les pièces de bois destinées à remettre plus vite les pièces en position:

Canon de 155 Long transporté sur le front italien (1915):


Sources: Site Association Fort Saint Eynard
Site Le canon de 75
Gazette des armes n°98 octobre 1981